• Chapitre 6

    - Encore toi ?! Tu es toujours là quand j'ai des ennuis on dirait !

    - Du calme... tu pourrais au moins me remercier...

    -Tais-toi donc et rend-toi plutôt utile pour une fois : aide-moi à rattraper cette jument qui s'est enfuie.

    Eara savait qu'elle se montrait injuste, mais le trop-plein d'émotions accumulées ces derniers jours était entrain de se transformer en rage froide. Et c'était lui, le seul à se trouver là, qui en faisait les frais.

    Elle profita de l'éloignement de Guilian (enfin... si c'était bien son vrai prénom, elle n'était plus sûre de rien) pour s'approcher du lieu de la lutte. La terre humide et couverte de feuilles mortes était noircie par endroit, et une longue et fine épée noire reposait sur le sol à l'emplacement de la mort du démon. Elle s'était éteinte en même temps que lui. Eara eut beau chercher, elle ne trouva pas la moindre trace de sa mère. "Papa, puis Maman... pourquoi s'acharner ainsi contre ma famille ?!" Maintenant qu'elle savait comment les tuer, elle traquerait ces démons, et leur ferait passer l'envie de s'en prendre à des humains ! Elle n'avait même plus de larmes pour pleurer, et quand le métamorphe-loup revint avec la vieille jument, elle bouillait encore plus qu'avant.

    - Nous ne devrions pas rester là, fit-il remarquer, la tirant de ses pensées. D'autres pourraient arriver.

    - Et alors, qu'est-ce que ça va changer ? Je ne sais même pas où aller !

    - Toi et ta mère... vous n'étiez pas partie pour aller à Port-les-Mouettes ?

    - Si, mais je ne connais presque rien de l'ami chez qui elle voulait aller. Elle m'a juste dit son nom : Astor Grisefutaie.

    - Un noble ? Je ne pensais pas que vous aviez des connaissances si haut placées !

    - Sinon, tu n'aurais pas essayé de nous voler, c'est ça ?

    Elle avait toujours du mal à digérer le mensonge, et elle se réjouit intérieurement de le voir tiquer à sa remarque.

    - Je ne suis pas si terrible que cela. Un véritable brigand n'aurait pas rendu le collier, même prit la main dans le sac : il se serait contenté de vous tuer pendant que vous dormiez, voir de vous violer s' il avait en avait eu envie.

    - C'est vrai, j'allais oublier : tu es un petit agneau pur et innocent, doublé d'un prince charmant au cœur d'or.

    Il leva les yeux au ciel.

    - Finalement, je crois que je préférais quand tu ne parlais pas.

    Ha non ! Plus jamais ça ! Je ne me laisserai plus abattre par l'émotion ! Ces démons payerons pour le meurtre de mes parents !

    - Et moi, finalement, je crois que je préférais quand tu t'occupais uniquement de tes affaires.

    Il lui adressa un grand sourire exagéré :

    - Mais ma chère : je ne m'occupe jamais uniquement de mes affaires. Je gagne ma vie en m'occupant des affaires des autres justement.

    - En volant les affaires des autres. C'est pas pareil.

    - A peine une petite nuance...

    - Si monsieur l'agneau nuancé voulait bien l'aider à remettre la charrette droite, il serait encre plus parfait.

    Le jeune homme soupira et attela la jument au bord de la carriole pour les aider à la remettre sur ses roues. Au bout du troisième essais, ils parvinrent à la remettre en place sans trop d'égratignures.

    - Bon, exposa-t-elle. Je suppose que maintenant je vais essayer de retrouver cet Astor dont ma mère me parlait, c'est ma seule piste.

    - Je viens avec toi ! s'exclama le métamorphe.

    Elle le regarda avec étonnement.

    - Tu veux tout abandonner pour me suivre ? Pourquoi ? Si c'est pour tenter de me flouer encore une fois, sache que je serai aux aguets.

    - Je m'en doute bien, ne t'en fais pas. Mais... ton histoire m'intrigue : ces attaques de démons... me rappellent des cas de morts subites et étranges dans les environs. J'aimerais bien en savoir plus.

    - Et c'est en me suivant que tu comptes apprendre quelque chose ? Je ne suis qu'une petite paysanne de Montdesbrumes, une fillette sans ses parents, avec une perspective d'avenir particulièrement floue... Ma mère pensait bien que les démons s'acharneraient sur nous, par soucis de vengeance, mais c'est tout.

    - Je me suis fait ma propre opinion sur la question : maintenant que tu connais leur point faible, tu es une fillette potentiellement dangereuse pour eux. Alors ils cherchent à te supprimer. Logique. Les homme font pareil : Une dragon ou un griffon sur mes terres ? Faisons appel à des chasseurs professionnels !

    Eara hocha la tête, elle connaissait bien ça.

    - N'empêche que...

    - N'empêche que rien du tout. Je viens avec toi et c'est tout. Comme tu l'as si bien fait remarqué, tu n'es qu'une fillette, et tu aurais bien besoin d'un prince charmant pour te guider.

    Il lui adressa un grand sourire qui donna particulièrement envie à la jeune fille de le lui faire avaler à coups de poings, mais elle se contint. On ne traite pas comme ça un gars qui vient de vous sauver la mise.

    - Très bien. J'accepte ton offre. Mais alors rends-toi utile : viens donc m'aider à atteler la jument.

    - A vos ordres, capitaine !

    Elle fit mine de ne pas avoir entendu la pointe d'ironie dans le ton de l'homme.

    Une fois la jument attelée, ils furent enfin prêts à partir. L'homme avait proposé d'arnacher aussi le jeune cheval gris pour ménager la jument, mais Eara avait refusé catégoriquement. Soudain, il sauta de la carriole et retourna en courant vers le lieu de la brève bataille. Par terre sur le sol humide reposait encore la longue et fine épée noire du démon. Il la ramassa délicatement et fit quelques moulinets avec.

    - Elle est moins lourde que ce que je ne l'imaginais. Je me demande en quel métal elle peut bien être !

    - Hé ! Protesta-t-elle. Tu ne vas quand même pas la prendre ?!

    - Et pourquoi pas ? Même sans les flammes, c'est une bonne épée. Tu apprendras vite qu'une arme peut se montrer très utile quand on voyage de nos jours, surtout dans un endroit comme Boiscendré.

    - Mais c'est une épée démoniaque !

    Jamais Eara ne pourra oublier que c'est cette épée en question qui lui a enlevé sa mère.

    - Ho, et puis zut ! ajouta-t-elle finalement. Fais ce que tu veux, mais je ne la toucherai pas.

    - Comme tu voudras.

    Il glissa la lame dans sa ceinture, à côté d'un petit couteau de chasse à lame crantée, puis il grimpa dans la charrette à ses côtés. Elle prit les rennes et fit démarrer la jument. Ils étaient partis.

    S'éloigner ainsi du lieu où sa mère était morte sans pouvoir lui offrir de sépulture décente fendait le cœur de la jeune fille, mais elle n'avait pas d'autre choix. Elle aurait tout de même pu prononcer quelques mots pour le principe, mais rien ne lui venait à l'esprit. Alors elle se tut.

    Ils approchaient de l’orée de la forêt. Ils longeraient ensuite les montagnes. Puis le fleuve. Et ils seront enfin à Port-les-Mouettes. Ce qu'il adviendra ensuite ? Eara n'en avait aucune idée. Mais elle comptait bien à se qu'il se passe quelque chose.

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