• Chapitre 10

    Eara n'eut pas le temps d'atteindre la porte que cette dernière claqua brusquement dans son dos, comme poussée par un violent coup de vent. Sauf qu'il n'y avait pas de vent.

    Le bateleur se redressa et se tourna vers elle, son vieux visage ridé tordu par un rictus de joie surprenant. Eara bégaya :

    - Je... heu... Lian, il est blessé. Que c'est-il passé ?

    L'homme ne répondit pas. Pendant une fraction de seconde, il resta figé et elle crut que tout allait rentrer dans l'ordre, mais son image se troubla soudain, comme un reflet dans de l'eau mouvante. Puis il grandit, grandit jusqu'à avoir la tête frôlant le plafond, et grossit en conséquence.

    Eara crut qu'elle allait mourir de peur, mais elle devait être encore en vie puisqu'elle put distinguer une créature géante recouverte d'une sorte d'armure de plaques, dont les mains se terminaient par de longues griffes recourbée et couvertes de sang. Le bateleur avait totalement disparu, laissant place à cette monstruosité.

    - Fille aux cheveux d'argents... Tu sais trop de choses... Tu va mourir !

    La voix de la créatures résonnait dans son casque en fer et en ressortait déformée, dotée de sonorité métalliques. Pourtant, même ainsi, Eara pouvait affirmer qu'il ne s'agissait pas d'une voix humaine : un souffle rauque, des intonations grondantes... Si elle avait encore eut un doute sur la question, elle en était désormais sûr : la chose n'était pas humaine.

    Mais quoi alors ? La réponse s'imposa dans son esprit : un démon. C'était évident. Mais celui-ci semblait tout ce qu'il y a de plus matériel. Pas une simple ombre ni même un feu ardent, mais une véritable créature caparaçonnée de métal. Elle n'avait jamais entendu parlé de choses pareilles dans les contes et les histoires. Elle était encore plus terrifiée.

    Ce qu'elle prenait pour un démon avança dans sa direction, chaque pas qu'il faisait résonnait dans la pièce comme le fracas d'une lame sur du bois. Eara remarqua que ses pieds étaient pourvus de longues griffes d'acier, à l'instar de ses mains.

    - Peu... pou... pourquoi ? Je ne sais rien, je vous assure ! Je suis juste une pauvre  fille sans parents...

    - Je sais qui tu es, gronda-t-il se sa voix métallique. Et tu nous fais de l'ombre. Tu auras bientôt la chance de rejoindre tes parents.

    Eara voulu encore reculer, mais le battant de la porte l'arrêta. Elle était coincée. Que faire ? Cette chose ne craignait pas la lumière, c'était certain : la lueur des bougies se reflétait sur son armure dans un ballet funèbre sans lui causer le moindre mal. L'eau alors ? Il ne coûtait rien d'essayer...

    Usant de son pouvoir récemment découvert, Eara tendit la main vers une carafe posée sur la table. Chance : elle était remplie d'eau. Sous l'emprise de Eara, cette dernière se mit à bouillir, puis jaillit de son récipient et vint asperger le démon.

    Il regarda avec étonnement l'eau encore fumante qui dégoulinait le long de son armure puis le casque se tourna à nouveau vers la fillette.

    - Pitoyable. Pire que ton ami le loup.

    Cette fois, Eara était bel et bien coincée. Elle ne voyait pas comment venir à bout de la créature qui ressemblait plus maintenant à une machine de guerre qu'à un gentil bateleur.

    Et soudain, le démon poussa un hoquet de douleur. Oui, tout à fait : de douleur. Une longue lame noire transperçait son flanc et un étrange liquide noir semblable à de l'encre s'échappait de la plaie ouverte.

    - Comment...

    La créature avisa l'épée, et recula vers la porte. Eara se décala précipitamment et se rua vers le fond de la pièce, où Lian s'était maintenant relevé sous forme humaine et tenait l'épée démoniaque fermement enfoncée entre les plaques d'acier de l'armure.

    Le démon rugit, s'arracha à la lame et sortit de la pièce en défonçant la porte sans difficulté. Il s'enfonça dans la nuit.

    Lian s'élança à sa suite et Eara le suivit mais il était trop tard : leur agresseur avait déjà disparut. Ils rentrèrent donc à nouveau dans la cabine du bateau, sans échanger un mot.

    Le jeune métamorphe laissa tomber l'épée noire souillée de sang luisant et s'affala sur le lit. Sa tunique n'était pas déchirée, mais Eara remarqua une tache sanglante qui allait en s'élargissant sur son flanc gauche.

    - Tu es blessé !

    - Ne t'inquiètes pas, j'en ais vu d'autres... Mais il était moins une cette fois. Tu vois que j'ai bien fait de récupérer cette épée !

    Elle reporta son regard sur l'arme démoniaque. Il s'en dégageait toujours une aura malsaine, mais elle devait avouer qu'elle lui devait la vie.

    - N'empêche... Je ne change pas d'avis : jamais je ne la toucherais !

    - Mmm... Qu'importe. Mais si tu veux bien, on poursuivra cette discussion demain. Je voudrais m'occuper de cette blessure et... je suis trop épuisé pour réfléchir convenablement.

    - Bien sûr ! répondit-t-elle précipitamment. Je vais te laisser te reposer. A... à demain.

    Encore tremblante, elle quitta la pièce et retourna dans sa cale. Elle aurait aimé pouvoir lui parler, mettre au clair ce qui venait de se passer. Et elle ne voulait pas dormir toute seule après ça, elle aurait bien trop peur que le démon ne revienne !

    Heureusement, une fois dans la cale, elle retrouva les chevaux qui se portaient n=on ne peut mieux, et leur présence la rassura. Si une créature malfaisante essayait d'entrer ici, ils la réveillerait. A chaque apparition, ils avaient su sentir l'approche du danger.

    Alors Eara se roula en boule dans la paille, juste à côté du boxe de son cheval gris, et chercha le sommeil. La journée avait été éprouvante.

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  • Commentaires

    1
    Samedi 9 Septembre 2017 à 15:10

    Ce chapitre-ci est peut-être un peu fouillis. Si il y a des passages où la compréhension est difficile, n'hésitez pas à m'en faire part, ça m'aiderais à me perfectionner.

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